Bangui, j´accuse. Je nous accuse

Article : Bangui, j´accuse. Je nous accuse
12 février 2014

Bangui, j´accuse. Je nous accuse

Credit photo DR
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Je n´aime ni accuser, ni pointer du doigt, car les miens non plus ne sont propres. Mais lorsque je vois la société centrafricaine qui s´entre décime, ma vue se brouille dans ce sang. Lorsque j´observe tout un peuple réuni qui se conduit de manière insensée, alors mon entendement s´arrête. Je n’accepterai jamais de garder silence face à un meurtre.

Même si on accuse aujourd’hui mon pays d´être le pompier-pyromane, moi je dirais; laissons ces accusations politico-politiciennes aux seuls intéressés qui s´en abreuvent. Le Tchad peut se targuer d´être le gendarme de l´Afrique, moi je ne m´y reconnais pas. Je suis Tchadienne certes, mais je suis avant tout Africaine. Je me suis tant contenue que je n´en peux plus. J´aurais aimé que nous jeunes Africains fassions une introspection de nous-mêmes. C´est la raison de ce billet. Après tout, nous sommes les éternels perdants. On observe et laisse ces vautours gavés de pouvoir nous voler notre jeunesse au nom des idéaux assez mal définis que la perception de ce Dieu (ou Allah) que nous avons emprunté aux colonisateurs et aux marchands arabes. Au nom de quel Dieu s´entretue-t-on à Bangui ? Un Dieu belliqueux ? J´en doute fort en voyant son œuvre  : la beauté de la nature.

Je ne parle pas de la RCA seulement dans cet article. Je parle d´une Afrique qui se tue, se brise. Il y a vingt ans, c´était le Rwanda. Avant-hier, le Mali et hier le Soudan du Sud. Si tu ne respectes pas ton bien, comment veux-tu qu´un autre le fasse pour toi ? Une génération entière privée d’avenir a basculé dans la violence. Des jeunes qui massacrent, pillent, violent, volent celles qui pourraient être leur épouse, mère, sœurs et filles. Ne venez pas après me dire que l´ennemi c´est l´autre, que notre mal vient d´ailleurs. Oui,  mais qu´en est-il de nous-mêmes ? On accuse Sangaris de faire le lit des anti-Balaka. Soit, mais ont-ils appuyé sur les gâchettes en lieu et place des anti-Balaka ? Je ne vois que des mains africaines comme les miennes qui brandissent les membres découpées des Africains comme eux devant les caméras européennes. On se dévoile petit à petit avec nos haines insensées. « Je m´associe à tout le monde pour faire le bien, mais je ne m´associerai à personne pour faire le mal « disait Frederick Douglass en son temps. Je crois qu´il est temps aussi que la jeune génération africaine reprenne les mêmes pensées de cet abolitionniste américain. Oui, notre silence et notre neutralité face à cette barbarie en RCA seraient une trahison vis-à-vis de nous-mêmes et de nos enfants.

Ces images à longueur de jour sur les chaînes étrangères m’irritent. Je dis, ne pourrions-nous pas renvoyer une autre image de nous ? Est-il si difficile pour nous de comprendre enfin que les guerres et autres massacres ne nous ont rien apporté que la désolation, les larmes, la misère, la souffrance, la haine de l´autre ? Si nous pouvions nous asseoir un jour et faire le bilan de toutes ces guerres africaines. Triste bilan : pillage de nos biens, de nos richesses et de nos matières premières, vandalisme contre nos frères de couleur, destructions de nos biens, trésors (je vois encore les manuscrits de Tombouctou éparpillés) matériels qu´immatériels, … Pourtant ce sont ceux qui détruisent qui payent chèrement après la fin de la guerre.  Notamment cette jeunesse. Les seigneurs de guerre ont toujours eu la vie de pacha ailleurs. Bozizé, Djotodia ainsi que Patassé avant eux  se la coulent douce devant l´océan quelque part à Cotonou ?

J´aurais aimé que chaque potentiel anti-Balaka et futur cannibale qui me lit, retienne ceci : avant de nous laisser emporter par cette soif de sang, il va falloir nous poser des questions du genre : pourquoi dois-je faire la guerre ? Que reproche-t-on concrètement à l´autre? N´y´aurait-il pas une autre solution que la violence ? Et si c´était moi la victime ? Que resterait-il de nous après ? Comment vivrais-je après avec ma conscience ? Ecoutons  ces cris de désolation qui montent des profondeurs de la RCA. Si toute la jeunesse refusait de prendre les armes, ces seigneurs de guerre déposeraient les leurs.

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Commentaires

gonda francois junior
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je ne sais quoi dire mais juste que j'ai aime ce que tu a fait ! MERCI

Réndodjo Em-A Moundona
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Merci Gonda! C'est une évidence qu'on doit faire une introspection à tout niveau. Le peuple tchadien est de coeur avec la RCA. Je cite pour preuve la protection et le soutien que bénéficie les ressortissants Centrafricains au Tchad.

Ahmat Zéïdane Bichara
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Quatre fois,j'ai lu ton article. Pour la quatrième fois,mes larmes ont coulé. Pour la quatrième fois,je me considère de coupable de ce monde africain dont la violence semble finalement devenir sa secte. Sinon,sa première religion. Mais pour la unième fois, tes écrits m'imposent un voyage vers ce pays que je connais plus ou moins pacifique ,puis j'ai enseigné au Lycée Barlémy Bongada de Berbérati,chez les Bayas,sur la chemin qui mène vers Bertoi et Batouri au Cameroun.En ce temps-là,je venais de finir mes études de Philosophie à l'université catholique de Kinshasa,dans l'ancien Zaïre.Aujourd'hui cette université s'est immigrée à Yaoundé dans le coeur du Cameroun après une décision du collège des évêques africains. Ndodjo,ton article est une aiguille d'un tailleur qui ne se peut se casser que lorsque par maladresse ou par erreur sociale,il tombe dans la nasse de l'ignorant apprenti qui le casse.Dans ma lecture de ton article,une idée m'est venue comme tu l'avais dit avec tes propres mots.Il semble vrai que l'occident fait irruption de façon circonstantielle dans la cuisine des Africains comme le monde arabe l'avait fait il y a de cela des siècles. Mais allons-nous toujours continuer de refuser de faire des examens de conscience sur nos actes sanguinaires en tirant le diable par la queue,tout en le lui donnant du miel de nos Dardei ou nos Gons d'Afrique pour l'orienter vers un ennemi gênant? N'est-il pas tant de dire stop aux conclusions très prématurées pour laisser une place à des réflexions adultes comme ton article? Et,je demeure convaincu,que lorsque nous allons cessé d'accuser le monde lointain de nous semer la moutarde de la haine. Les diables qui demeurent dans nos yeux injectés de sang de haine ou de colères ne laissons jamais de liberté aux anges de nos regards objectifs qui ne souhaitent que la paix pour tout le monde. Actuellement ,c'est toi la femme du Match. Bravo à ta plume!

Réndodjo Em-A Moundona
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Merci Ahmat Zéïdane! Je veux juste interpeller l'âme noire sur son malheur. Merci pour le témoignage.

Odilon KOBELELO
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Les mots me manque pour apprecier vos idées. Celles-ci temoignent de la réalité que nous ignorons. Si la jeunesse pouvait etre consciente!Cette phrase me restera toujours a l'esprit ''Si toute la jeunesse refusait de prendre les armes, ces seigneurs de guerres déposeraient les leurs.''
Merci bien!

Réndodjo Em-A Moundona
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Tu as retenu la meilleure des phrases Odilon!

Yayathe
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L'autoaccusation est une voie vers la vraie prise de conscience des africains. Tuer son voisin n'est pas la faute du blanc. Ayant honte de nos agissements au lieu de finir le tors sur le dos des autres (même s'ils ne sont pas aussi blanc que ça en passant). L’Afrique n'a pas besoin des armes qui tuent les africains, mais celles qui tue LA MEDIOCRITE, l’INCONSCIENCE mettant cette VIOLENCE au service de notre économie, ayant la rage de développer notre continent dans LA PAIX.

Réndodjo Em-A Moundona
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Merci pour le complément Yayathe!

N'TELNOUMBI Romaric
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Je ne peux me refuser d'apprécier a juste valeur vos propos qui sont les larmes profondes d'une personne meurtrie par la douleurs que subit le peuple de son continent et mon petit apport serait les propos de ce penseur "C'est en parvenant à nos fins par l'effort, en étant prêt à faire le sacrifice de profits immédiats en faveur du bien-être d'autrui à long terme, que nous parviendrons au bonheur caractérisé par la paix et le contentement authentique et J'ai la faiblesse de penser qu'en général, la méchanceté n'est pas une preuve d'intelligence". soyez benis

Réndodjo Em-A Moundona
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Effectivement, la misère sociale fait le lit de la mméchanceté, la dépravation morale et la perte de confiance en soi et en les autres.

Baba Mahamat
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Ma grande, Tu as si bien lu dans ma pensée et cet article vient appuyer le mien que j'ai publie il y a quelques jours. Tous les mots raisonnent dans mes oreilles et me fortifient dans cette lutte salvatrice que je mène depuis fort longtemps. La jeunesse doit réclamer sa place.

Réndodjo Em-A Moundona
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Il faut bien une multitude de voix concordantes pour porter assez haut vers ces trônes qu'on conserve au prix du sang humain et jeune.

Mahamat Atteib
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J'ai lu la première phrase, encore une autre, finalement, j'ai, sans rendre compte, lu tout ton papier. C'est super cool! Un article qui dit tout sur la situation qui prévaut en Centrafrique. Que ton message soit entendu!
Cordialement!

Réndodjo Em-A Moundona
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Espérons qu'il soit entendu.

efranck
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Je n'ai que des larmes à associer aux souffrances . Je n'ai que quelques mots pour dire mon incompréhension...
Ce qui fait que je n'ai pas grand chose.
Mais sachez, soyez SURS, que si certains ,eux,ont la haine, ils n'ont QUE la haine.

"Nous, nous avons l'amour...", leur répondait Ghandi.

STOP THE WAR
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Réndodjo Em-A Moundona
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L'amour triomphe toujours de la violence.

Boukari Ouédraogo
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Ce que tu n'as pas dit, demain ce sera qui? Pourrons nous un jour arrêter ce cycle de la violence? Le problème, ceux ces gars tapis dans l'ombre et qui dirige tous. La jeunesse en manque d'information s'implique sans réflexion. Quand je vois les rebelles dans les rues tandis que les chefs, les vrais sont dans des salons feutrés, avec leurs enfants dans les meilleures universités... Pourquoi leurs enfants ne sont jamais là aux côtés de ceux qui combattent? Je pense qu'il faudrait que les jeunes comprennent un jour que la manipulation dont ils sont l'objet est celle la même qui conduit la décadence de l'Afrique depuis les indépendances.

Réndodjo Em-A Moundona
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Tu as bien écrit Bon karité que je n'ai plus rien à ajouter. Si la jeunesse comprenait pour une bonne fois.

Mekon Marc Yondoloum
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Non, pas possible, c'est une personne humaine qu'on a coupé la tête ? C'est un humain que ces "hommes féroces" tirent instinctivement sans tête par terre dans la rue d'une ville africaine ? Ce sont les "VRAIS HOMMES" ? De "VRAIS AFRICAINS" ? Non pas possible car c'est la remise en cause totale de la Convention de Genève de 1951 et le Droit International Humanitaire. Pendant que les autres humains cherchent à découvrir une nouvelle planète et de nouvelles technologies, nous, en Afrique, cherchons à détruire notre beau continent avec ses habitants. Quelle humiliation de l'Afrique par les africains ? Quel gâchis ? Franchement, l'Afrique est à recommencer à zero !

Réndodjo Em-A Moundona
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Il y´a de l´espoir puisqu´il y´a des jeunes comme toi et les autres qui condamnez l´acte. Osons encore croire en cette Afrique.

kiropraticien Sherbrooke
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Epifania
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Нum êtes vous sûr de ce que vous affirmez ?

Réndodjo Em-A Moundona
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Certaine ma chère! Seule la jeunesse paye le prix de ces bains de sang.