Vivre et survivre à Ndjamena

Article : Vivre et survivre à Ndjamena
22 août 2014

Vivre et survivre à Ndjamena

Une vue N´Djaména depuis l´hotel Kempinsky/ Ph DR
Une vue Ndjamena depuis l´hôtel Kempinsky/ Ph DR

On sait bien de choses de cette ville, mais on en sait en réalité très peu : de la légendaire agressivité qui caractériserait le Tchadien à la facilité de manier les armes. Que de mythes que vient renforcer notre absence de communication à l´échelle numérique. Pourtant, je ne vois point de peuple aussi hospitalier et accueillant que les Tchadiens. Il n´y´a point de délice que la vie parmi ce peuple. Ils sont juste nés dans un monde particulier dont faut saisir l´essence. Voici dix choses qu´il faut savoir avant de poser les pieds sur le sol tchadien. Les bons plans pour apprécier son voyage et profiter de son séjour.

1/ du sang-froid

Et vraiment beaucoup de sang-froid partout. Même dans la circulation, car tout se fait avec une certaine nonchalance. Cela commence par l´arrivée à l´aéroport Hassan Djamous. Il faut  45  minutes pour pouvoir enregistrer et passer la police, puis 15 minutes à attendre les bagages. Le mieux serait de  trouver une affinité avec son voisin de siège. Au moins on a de la causette le temps que le tapis roulant vous livre enfin votre valise. Il faut en profiter et se laisser refiler les bonnes adresses.

2/ savoir apprécier la musique tchadienne

Ne vous attendez pas à une musique comme il se le doit. Lorsqu´on parle de la musique tchadienne, l´expatrié habitué comprend tout de suite : c´est les coups de feu. Il peut arriver qu´on entende de temps à autre un coup. Esquivez un pas, souriez et continuez votre route. On tire chez moi en l´air pour saluer la venue d´un enfant, manifester sa joie ou pour effrayer des attroupements d´étudiants. Quand cela dissuade, c´est aussi un bon moyen. Ce qui est sûr, une balle réelle en l´air, cela est un moyen efficace de persuasion. Ici on en use et en abuse. Nous sommes chez les cowboys des temps modernes.

3/les lunettes de soleil et une crème solaire

Si vous avez le malheur de voyager avec Ethiopian Airline, vous arriverez sans doute en plein midi selon votre pays de provenance. Welcome dans le sud du Sahara. C´est un soleil percutant et pénétrant qui vous grille les pupilles dès que vous posez vos pieds hors des bâtiments de l´aéroport. Heureux donc quiconque a sur lui ses lunettes de soleil. Cela fait en plus cool et on peut lorgner les Tchadiennes sans être pris et vu. Elles sont en plus belles. Oser humer leur koumhra (parfum huileux fabriqué par les Tchadiennes et très prisé). La crème solaire, aucun guide de voyage ne vous e conseillera. Je le fais donc. Vous venez bien à Ndjamena la capitale d´un pays sahélien où le désert avance à grands pas. Pour des raisons de sécurité, on a coupé tous les grands arbres centenaires de la ville. Conséquence : une chaleur atroce qui nous crame sans arrêt. Si vous ne voulez pas finir en carpe braisée, emportez avec vous un tube de crème solaire donc.

4/savoir apprécier les vents de sable

Cela sonne bizarre mais, au Tchad il faut savoir apprécier les choses les plus anodines, comme sourire lorsqu´un policier te gifle, dire merci quand un militaire illettré te traite de brute. On a compris nous les natifs. On a coupé les arbres et détruit la protection contre l´avancée du désert. Tout le Sahara est donc dans la ville avec ses vents de sable. Il faut supporter de temps à autre un grain de ce sable dans son plat.

5/ ne jamais rater un coucher de soleil sur le Chari

C´est mon passe-temps favori lorsque je ne lis pas. Oui, le soleil est notre plus grande bénédiction et on en a à revendre même si on refuse d´en tirer l´énergie qui nous libérerait de l´obscurité que nous impose la Société nationale d´électricité. Pour nous consoler nous Ndjamenois, on va chaque soir contempler son coucher sur le Chari. Tout simplement magnifique avec ses reflets orangés dans le fleuve. Les bons points d´observation sont le restaurant-hôtel Victoria et le Méridien Chari . Douguia est un endroit aussi bon plan pour les week-ends. N´oubliez pas de manger une carpe braisée pêchée juste sous vos yeux.

6/savoir respecter les rois et les reines de la route

C´est un délice et une particularité au Tchad. Rouler à tombeau ouvert sur les voies si exigües. Ils ont tous des écouteurs à l´oreille, des lunettes de soleil posées sur le nez qu´ils pointent au vent. Le Code de la route, ils n´en ont cure. Il appartient aux autres usagers de la route de prendre leur précaution. Un petit conseil, n´osez pas les convoquer dans un commissariat. Ils ont presque tous un quelqu´un là-bas. C´est toi la victime qui deviendra bourreau au grand dam de tes  F Cfa.

7/ se mettre dans la course

Ici dans cette ville tout le monde est pressé. Je ne sais vraiment pas après quoi ils courent mais ils courent quand même. Tout le monde est pressé partout sauf lorsqu´il s´agit d´aller au travail. On est impatient au volant. Impatient d´arriver quelque part, impatient de traverser la route. Impatient de laisser l´autre passer. Tout se fait à la vitesse croisière. Les accidents qui en résultent sont à mettre à l´actif du destin. Allah djaba : entendez par là que c´est Dieu qui le veut ainsi.

8/visiter le BET

L´écrin de nos bijoux lacustres : les lacs Ounianga-Kebir. Ils sont classés patrimoines culturels de l´Unesco. Certains parlent du Tchad inutile et du Tchad utile. Le BET c´est la moitié du Tchad. Une moitié désertique où la vie n´est possible que dans les ouadis et autres oasis. Ceci est une vue extérieure de cette partie du pays. Des sources géothermiques aux peintures rupestres qui ornent les grottes des massifs montagneux, on en parle que très peu pourtant, la vue et est merveilleuse et les nuits dans le Septentrion tchadien sont magnifiques. Ces dunes de sable mouvant qui vous effleurent de leur chaleur. Ces grains de sable que les vents emportent, caressant vos visages dans leurs envolées. Quand on vient comme touristes, il faut absolument expérimenter la nuit à la belle étoile dans une oasis ou sur les dunes de sable.

9/profiter de la bonne humeur tchadienne

Un ami m´a déjà demandé comment on fait pour être toujours joyeux en Afrique malgré la précarité.  Je lui répondis à l´époque que la joie du cœur n´est pas question d´aisance matérielle.

10/ une connaissance de la langue locale est un atout

De fois, les prix peuvent se faire à la tête du client sur les marchés et les galeries d´objets d´art. N´hésitez pas à dire « gassar ». Un mot à connaître absolument. La connaissance de la langue locale aide lorsqu´il faut discuter le prix. Qu´on veuille prendre un taxi- course ou se renseigner très rapidement. Lorsqu´on apostrophe un Tchadien dans une langue locale, on fait tomber les barrières, on crée un lien absurde mais quand même une sympathie naît.

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Commentaires

Rose Roassim
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je me suis bien regalée. rirrrrrr

Ahmat Zéïdane Bichara
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Cela fait huit ans que je ne suis plus aller au Tchad,sinon, à N’Djaména.Mais après deux lectures de ton article,cela m'a fait voyager dans ce pays qui est le mien , où ce que tu as dit , est naturellement ce qui se passe tous les jours. Ce n'est donc pas un mensonge, même si souvent on dit que la vérité n'est pas bonne à dire.

Abbas Kayangar
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Très bonne interface, une vision poétique qui nous absorbe vers notre Tchad profond.

Réndodjo Em-A Moundona
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Nul ne peut mieux décrire le Tchad que celui qui l´a connu. Ahmat, cela te fait du coup un petit tour en attendant ton prochain retour.

SUCCES SUCKS DJ
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Honnetement cette description est sans faute.Et c'est exact et tu sais amener les lecteurs a aller jusqu'au bout de tes ecrits.Merci

Réndodjo Em-A Moundona
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Merci Succès!

Dr Turcaud Louis-Marie
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Merci bcp pour cet exposé datant certes de 2014 mais tjs d'actualité assurément - Le 1er janvier je vais travailler à la clinique de la Renaissance - Je suis un peu inquiet qd même avec les troubles sociaux - Cordialement - Dr Turcaud Louis-Marie et son fils Matthias 24 ans, Prof de Français et imprégné +++ de culture, cinéma et théâtre !