Pour une histoire de pétition

Étiquettes
1 octobre 2012

Pour une histoire de pétition

 

 

 

Bétoudji lorgne depuis belle lurette le moindre mouvement du portail bleu. Il sait pertinemment que les enfants lui diront une fois encore que papa est sorti. Il le sait, il n´a aucune chance de rencontrer son cousin. Autant attendre ici devant. Et lorsque la petite voiture noire sortira, il ira d´un pas décisif vers lui et lui demandera les cinq milles francs. Depuis la grève sèche la monnaie est un bien précieux et le repas un étrange nom pour ses trois enfants. Il se demande toujours comment il a osé écrire cette pétition.

Sous ce ciel tchadien la démocratie règne en harmonie avec la dictature. Pendant que la monarchie et la présidence se partagent un palais sans s´enchevêtrer.  Écrire les pétitions ou en signer sont d´office accordé dans ce pays. Mais le contenu doit être au millimètre près un éloge du pouvoir. Les grévistes tchadiens en rédigeant leur motion de protestation ont oublié la règle élémentaire et lui le leader il a signé. Aujourd´hui il a perdu son travail, la justice vient de le condamner à 18 mois de prison avec sursis et un million de dommage et intérêts pour incitation à la haine raciale.

De là à quémander la pitance de ses enfants, faire le pied de grue devant les maisons, il ne s´en revient pas. Comment pourrais-tu le savoir Bétoudji ? Comment pourrais-tu savoir que ton pays est sous la coupe d´une bande d´hommes sans cœur ? Ils ont mis leur machine à broyer en route. Ils ont tous envahis, tous conquis, tous l´or et l´argent. Ils viennent aussi de prendre le plus élémentaire des droits des tchadiens. Le droit de dire non, le droit de revendiquer son salaire. Tu n´es que le bouc émissaire. L´agneau du sacrifice d´un système qui a fini par endormir toute une population à coups de slogans et de violence.

Courage à toi Bétoudji. Courage à toi et à tes pairs de l´intersyndical.

Courage à tous ces tchadiens qui se mobilisent aujourd´hui pour les deux syndicalistes et le journaliste victimes de la gabegie d´un pouvoir tortionnaire.

 

 

Partagez

Commentaires